Cosmicologie

Certaines entreprises se préparent à faire du business sur la Lune

Ce n’est pas de la science-fiction... Le marché sera en plein essor d'ici 10 ans !

Ces entreprises se préparent déjà à organiser leurs stratégies commerciales pour intervenir sur la Lune. En effet, d’ici 2030, des humains vivront sur la Lune. Une présence permanente pourrait même être établie d’ici la fin de la décennie selon la NASA. Une entreprise japonaise veut devenir le premier acteur privé à faire alunir l’un de ses engins spatiaux. Sa mission vient d’être lancée. D’autres sociétés s’intéressent à la Lune et veulent y faire du business. Voici pourquoi notre satellite aiguise des ambitions économiques.

Sans attendre que la Lune soit habitée l’entreprise japonaise compte mettre en place un service d’expédition de matériel sur la Lune. Dimanche 11 décembre 2022, iSpace a lancé sa mission, baptisée Hakuto-R, via une fusée SpaceX Falcon 9. Misant sur l’essor de l’industrie lunaire dans les prochaines années, la start-up nippone veut proposer un service de transport de cargaisons aux puissances spatiales et à d’autres entreprises privées qui vont chercher à se rendre sur la Lune.

iSpace veut devenir la première société privée à faire alunir l’un de ses engins sur le satellite de la Terre. Sur le plan commercial, elle promet un coût d’expédition relativement « bon marché ». Pour cela, son véhicule spatial emprunte un long chemin en orbite longue, utilisant notamment la gravité solaire, ce qui permet d’économiser de l’énergie et de transporter plus de cargaisons. L’alunissage est prévu pour fin avril.


Pourquoi ?

Plus de cinquante ans après le premier pas de l’homme sur la Lune, le satellite naturel de la Terre déchaine les ambitions économiques. Pourquoi viser ainsi la Lune ? Quels intérêts pour les entreprises privées ? Combien coûte un trajet sur la Lune ? On fait le point avec Géraldine Naja, directrice de la commercialisation, de l’industrie et des achats au sein de l’Agence spatiale européenne (l’ESA) à Paris.

Géraldine Naja est directrice de la commercialisation, de l’industrie et des achats au sein de l’Agence spatiale européenne (l’ESA) à Paris. (Photo : ESA)

Géraldine Naja, pourquoi vouloir retourner sur la Lune ?

Avec les missions du programme Apollo (1969-1972), on a vraiment découvert la Lune. On a eu la confirmation que la Lune est un morceau de Terre, arraché par un astéroïde il y a des milliards d’années. Les roches lunaires sont d’ailleurs très proches des roches terrestres.

Maintenant, on se demande comment utiliser la Lune et ses ressources. Dès que l’Homme a les moyens d’aller quelque part, il y va et il développe une économie. Il y a toujours des gens qui trouvent des marchés un peu partout.

Mais est-ce « rentable » de se rendre sur la Lune ?

Pour aller dans la Station spatiale internationale (ISS), située en orbite basse à plus de 400 kilomètre du sol, il faut compter deux heures en fusée. Pour aller sur la Lune, c’est quelques jours. Mais en terme de consommation d’énergie, la différence n’est pas si grande.

S’arracher à la gravité terrestre, demande déjà beaucoup d’énergie. Une fois passée l’orbite basse, aller sur la Lune n’exige pas beaucoup plus de carburant.


Combien ça coûte d’aller sur la Lune ?

Un lancement classique de fusée pour mettre quelques tonnes en orbite coûte déjà 50 à 60 millions d’euros. Il faut compter 10 000 € pour placer 1 kg dans l’espace, en orbite. Il n’y a pas une grosse différence pour rejoindre la Lune. C’est encore très cher, le lancement d’une fusée.

Ça reste une économie qui démarre. Mais un jour, le prix du kilo en orbite sera divisé par deux ou trois.

Quel est l’intérêt d’aller sur la Lune ?

La Lune peut servir d’étape vers Mars, de base arrière.

Pour aller sur Mars, (pas avant 2035- 2040), il faut des mois de voyages. Si on arrive à fabriquer du carburant à partir des ressources lunaires, on pourra faire un stop sur la Lune.

Les fusées fonctionnent avec de l’hydrogène et de l’oxygène liquide : des ressources naturelles présentes sur la Lune qu’il faut pouvoir extraire. Il y a aussi de l’eau sous forme de glace. Fabriquer du carburant là-haut, c’est donc faisable. On peut aussi faire des choses sur la Lune. Les ressources sont intéressantes.

La Lune possède de l’Helium 3 qui peut servir à la fusion nucléaire. On pourrait aussi imaginer installer des champs de panneaux solaires sur la Lune. Il y a aussi beaucoup d’expériences scientifiques à faire à partir de la Lune.


Quelles industries s’intéressent plus particulièrement à la Lune ?

Pour l’industrie pharmaceutique, la Lune peut devenir un laboratoire pour développer certains produits, comme c’est déjà le cas au sein de l’ISS.

L’industrie du luxe aussi s’intéresse à la Lune, comme argument de vente. C’est le cas de la marque de montres Omega, portées par les astronautes des missions Apollo.

Pour le tourisme de masse, il faudra encore attendre. Car si l’espace se démocratise, les touristes restent des privilégiés.

Du côté des puissances spatiales, depuis longtemps dans la course, à l’ESA nous avons des projets lunaires et participons au programme Artemis de la Nasa [programme d’exploration robotique et humaine de la Lune, NdlR ]. On va développer un petit service de télécommunication et de GPS autour de la Lune, Moonlight.



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