Mythes & Légendes

Les loups-garous ne sont pas qu’une légende

L'histoire vraie des loups-garous de Lyon et autres bêtes tueuses.

Lorsque la nuit tombe, les monstres attaquent et se nourrissent de tous les innocents qui passent à portée de leurs dents. À en croire les légendes, le dernier loup-garou est né à Lyon. La ville au VIe siècle, n’était plus le joyau d’autrefois. Brigands et bêtes féroces semaient la terreur sur les routes et rares sont ceux qui s’y risquaient la nuit.

Rumeurs et légendes étaient déjà fortes, à l’époque, sur tous les dangers qui menacent les manants. L’Église va en alimenter certaines pour asseoir sa propagande et tenter de dissuader ceux qui adorent encore les anciens dieux. Les lugarous font leur apparition, on les appelle aussi “Lug-gariens” – mot tiré (comme Lugdunum) du nom du dieu Lug. L’Église cherche à décrédibiliser les derniers adorateurs de cette ancienne divinité en leur donnant un aspect bestial repoussant, censé décourager ceux qui voudraient embrasser cette voie révolue. Les Lug-gariens,synonyme de païens, vont se transformer progressivement en loups-garous.

Quand il n’est plus nécessaire de combattre l’influence du dieu Lug, ces créatures nocturnes sont toujours utilisées par l’Église pour effrayer les âmes qui se détourneraient d’elle. Gare à ceux qui choisiraient le Diable, ses monstres veillent. Ainsi, durant des siècles, la propagande de l’Église nourrit toujours plus les légendes en racontant l’histoire de ces impies, hommes-loups qui sortent la nuit, ne faisant qu’une bouchée de leurs victimes.


Le mot loup-garou prend l’ascendant sur “lycanthrope”, d’origine grecque antique. Témoin de ces légendes qui vont prendre toujours plus d’importance au Moyen Âge, on trouve dans la cathédrale Saint-Jean une tête de loup accompagnée d’une lune. À Lyon, pendant près de mille ans, les loups-garous vont se faire discrets et Les Loups-garous de Lyon ne laisseront aucune preuve de leurs forfaits, jusqu’à la naissance du plus célèbre de tous, mais aussi l’un des derniers.

Gilles Garnier, le dernier des loups-garous

Il y a les loups-garous qui nourrissent les légendes, et ceux qui resteront dans l’histoire. Gilles Garnier fait partie de ces derniers. Né à Lyon au XVI e siècle, il est arrêté à Dole en 1573 après avoir commis plusieurs crimes et dévoré la chair de ses victimes « sous forme de loup ».

L’ »arrest memorable de la Cour » n’épargne aucun détail : Gilles Garnier est accusé d’avoir pris la vie d’une jeune fille de dix ou douze ans le jour de la Saint-Michel, dans une vigne, avec ses mains semblables à des pattes et ses dents. Il l’a dévorée en partie, puis a rapporté des morceaux à sa femme.

Huit jours après la Toussaint, »semblablement sous la forme d’un loup », il a tué par étranglement une autre fille, marquant son corps de ses dents; il n’a pu la dévorer car il a été surpris en plein forfait par trois personnes. Quinze jours après la Toussaint, sa barbarie est allée plus loin : il a attaqué un enfant de dix ans, de nouveau « sous la forme d’un loup », l’a mangé et lui a arraché une jambe pour garder des réserves.

Son dernier crime a été commis le jour de la Saint-Barthélemy 1573 : il a attrapé un garçon de douze ou treize ans sous un gros poirier et l’a traîné dans un bois pour l’étrangler. Là, des gens à proximité se sont rués sur lui pour secourir l’enfant, mais il était déjà mort. Selon les témoins interrogés, Gilles Garnier est alors « en forme d’homme et non de loup », ce qui ne l’a pas empêché encore une fois de dévorer en partie sa victime.


Un phénomène à travers l’Europe

Dans les documents de l’époque, Garnier est présenté comme un « lycophile », un « ermite » qui a cessé de vivre seul en « prenant une femme ». Alors qu’il errait dans les bois il aurait rencontré « un fantasme en figure d’homme qui lui promit monts et merveilles » et lui aurait « donné le choix de devenir quand il voudrait ou loup, ou lion, ou léopard, mais il avait préféré loup ». Et si cela ne lui convenait point, cette créature présentée comme le Diable lui aurait permis de se transformer en vent, selon les aveux de Garnier, “le pauvre lycanthrope ».

Comme pour rappeler la présence tangible des loups-garous, les documents font référence à une autre affaire, en 1521, dans le diocèse de Besançon : deux bourgeois qui avaient renoncé à leur baptême pour suivre la voie de Satan et s’étaient transformés eux aussi en loups. Tout comme Garnier, ils mangeaient des enfants.

Les écrits de l’époque recensent d’autres cas d’hommes-bêtes dans toute l’Europe. Pour mettre fin à cette terreur, Gilles Garnier est condamné à mort et brûlé vif à Dole. Avec lui disparaissent les derniers loups-garous et autres bêtes humaines. La propagande de l’Église se tourne vers de nouveaux ennemis à décrédibiliser et à présenter comme des « mangeurs d’enfants » : les protestants. Mais les bêtes n’ont pas dit leur dernier mot.

Les « bêtes » de Lyon

La fin du Moyen Âge et la Renaissance ne rendront pas les nuits plus sûres dans la région lyonnaise. L’histoire a retenu la Bête du Gévaudan, qui a marqué les esprits avec plusieurs attaques commises entre 1764 et 1767.

D’autres l’ont pourtant précédée.

Entre 1754 et 1756, une ou plusieurs « bêtes » ont sévi dans la vallée du Rhône, jusqu’à Vienne, faisant plus d’une trentaine de victimes, des enfants et des adolescents retrouvés dévorés. La bête semble insaisissable, apparaissant à chaque fois là où on ne l’attend pas. D’immenses battues regroupant jusqu’à 2 000 hommes sont organisées pour la tuer, mais elle part commettre ses forfaits dans d’autres campagnes comme si elle savait ce qui l’attendait.


Ses attaques sont recensées dans le Dauphiné, à L’Arbresle et même jusqu’à Roanne. Certains témoins disent avoir vu une hyène, comme la Bête du Gévaudan plus tard, avec une fourrure mouchetée. D’autres prétendent qu’il s’agit de loups, poussés parla faim à attaquer les hommes après un rude hiver 1754. Découvrant le goût du sang,i ls auraient continué d’attaquer des proies qu’ils avaient comprises faciles et non armées.

Fin 1756, la bête disparaît, sans qu’elle soit jamais tuée ni capturée. Douze ans plus tard, une autre bête massacre dans le Gévaudan ; selon certaines théories, il aurait pu s’agir d’hommes, tout comme Gilles Garnier deux siècles plus tôt.

Plus d’un siècle plus tard, en 1894, un autre monstre terrorise le Rhône : Joseph Vacher, l’un des premiers tueurs en série français. Il sera arrêté en 1897 et exécuté en 1898. Ce n’est plus une bête ou un loup, ou la propagande de l’Église : le monstre est cette fois bien réel.

Un tueur en série peu connu, qui fut pourtant surnommé le « Jack l’Eventreur français », dont il était contemporain. A la fin du 19ème siècle, Joseph Vacher a égorgé au moins 20 femmes et enfants avant de les mutiler et de les violer. Il est probable qu’il était psychotique et non responsable de ses actes. Il a tenté plusieurs fois de se suicider, ce qui lui avait laissé des séquelles psychologiques et physiques, et errait dans les campagnes françaises tel un vagabond…

Perrenette Gandillon et sa famille

Moins connu que d’autres récits de loups-garous, l’histoire de Perrenette Gandillon et de sa famille a été rapportée par Henry Boguet, le célèbre démonologue, dans son ouvrage Discours Exécrable des Sorciers (1603-1610).

Perrenette Gandillon était une jeune fille qui vivait dans le jura, en France, au XVIe siècle. De nuit comme de jour, elle parcourait les campagnes à quatre pattes car elle pensait qu’elle était une louve. Un jour, alors qu’elle errait à travers les bois, courant à quatre pattes et agissant comme un loup, elle fut soudain prise d’un accès de folie lycanthropique en apercevant deux jeunes enfants miséreux, le frère et la sœur, alors qu’ils ramassaient des baies dans la forêt.


Benoît Bidel, un jeune garçon d’une quinzaine d’années originaire de Nezan, était monté sur un arbre pour en cueillir les fruits et sa jeune sœur était restée à l’attendre au pied de l’arbre. Perrenette, animée d’une passion nouvelle pour le sang, s’élança brusquement sur la petite fille. Elle l’aurait probablement tuée si son frère, voyant sa sœur attaquée par ce qu’il croyait être un loup, n’était précipitamment descendu à son secours, armé d’un couteau. Perrenette, se tournant brusquement vers lui, assaillit le jeune homme, le désarma puis se saisissant de son arme l’en blessa gravement au cou. Cette lutte et les cris qui en découlèrent attirèrent promptement les secours et Perrenette s’enfuit.

Le jeune homme fut alors conduit chez ses parents, où il mourut de ses blessures après avoir déclaré que les deux pattes de devant du loup qui les avait attaqués avaient la forme de mains humaines. Perrenette Gandillon, se s’étant pas montrée au village ce jour-là, fut accusée de ce crime. Une foule de paysans partirent à la recherche de Perrenette, qu’ils retrouvèrent rapidement, encore couverte de sang. Horrifiés, ils la massacrèrent sans autre forme de procès.

Peu de temps après, Pierre, le frère de Perrenette Gandillon, fut accusé de sorcellerie. On disait qu’il avait conduit des enfants au sabbat, qu’il avait fait pleuvoir de la grêle et qu’il parcourait le pays sous la forme d’un loup. La transformation s’effectuait au moyen d’un onguent qu’il avait reçu du diable en personne. Pierre avait une fois pris la forme d’un lièvre, mais en général, il apparaissait comme un loup et sa peau se couvrait alors de poils gris hirsutes.

L’homme reconnut volontiers que les accusations portées à son encontre étaient fondées. Il avoua également que lors de ses métamorphoses il avait attaqué des bêtes et des êtes humains qu’il avait dévorés.

Pour retrouver forme humaine, il prétendait qu’il lui suffisait de se rouler dans l’herbe humide de rosée. Son fils George confessa qu’il avait été oint avec de la pommade, et qu’il s’était rendu au sabbat sous la forme d’un loup. Selon son propre témoignage, il était tombé sur deux chèvres lors de l’un de ses expéditions.

Un soir, c’était un jeudi saint, il était resté pendant trois heures allongé dans son lit, dans un état cataleptique, puis, au bout des trois heures, il avait jailli hors du lit. Depuis cette période, il se rendait au sabbat des sorcières sous la forme d’un loup.

Antoinette, sa sœur, confessa qu’elle avait pleuvoir de la grêle et qu’elle s’était vendue au Diable lorsqu’il lui était apparu sous la forme d’un bouc noir. Elle aussi s’était rendue au sabbat à plusieurs reprises.

Lors de leur incarcération, Pierre et Georges se comportèrent de manière insensée. Ils coururent à quatre pattes dans leurs cellules et ils hurlèrent épouvantablement. Leurs visages, leurs bras et leurs jambes étaient terriblement marqués par les blessures qu’ils avaient reçues de chiens lors de leurs promenades sous leurs prétendues formes de loups. Lors de leur incarcération, ils avaient affirmé ne pas pouvoir se transformer en loups car ils n’avaient pas les onguents nécessaires sur eux. Ils furent tous trois pendus et brûlés en 1598.

Le Tailleur Lycanthrope

1598, l’année où eut lieu l’exécution de la famille Gandillon, fut une année mémorable dans les annales de la lycanthropie. Le 14 décembre 1598, un tailleur de Châlons, que l’on surnommait le Tailleur Démoniaque, fut condamné aux flammes par le parlement de Paris. Il était accusé de lycanthropie.

Le tailleur attirait des enfants dans sa boutique, ou il les attaquait parfois au crépuscule quand ils erraient dans les bois. Il les déchiquetait avec ses dents, il les tuait, et se régalait de leur chair comme l’on mange de la viande ordinaire, avec délectation. Le nombre de ses petites victimes restait inconnu mais un tonneau plein d’os avait été découvert dans sa maison. L’homme n’éprouvait aucun remord et les détails de son procès étaient si plein d’horreurs et d’abominations de toutes sortes que les juges ordonnèrent que les documents soient brûlés.

Association de Loups-Garous

Dans les informations dirigées par le grand-juge de Saint-Claude pour fait de sorcellerie, se trouvaient les faits suivants:

L’on instruisit le procès de Françoise Secretain, Jacques Bocquet, Clauda Jamproft, Thieuenne Paget et Clauda Gaillard. Jacques Bocques, que l’on surnommait le Gros Jacques, était originaire de Savoie. Il avait été dénoncé par Françoise Secretain. Claudia Jamprost, d’Orsière avait été dénoncée quand à elle par le Gros Jacques. Clauda Janguillaume, Tieuenne Paget, d’Orsière toutes deux, avaient été dénoncées par le Gros Jacques et Clauda Jamprost. Quand à Clauda Gaillard, elle venait du village d’Ebouchoux et elle avait été faite prisonnière sans information précédente.

Les quatre premiers confessèrent qu’ils s’étaient changé en loups et que sous cette forme ils avaient tué plusieurs enfants. Anathoile Cochet, de Long-chamois, Thieuent Bondien, dit mutin, d’Orcière, âgé de quatre à cinq ans, Claude Godard, Claude Gindre.

Ils confessèrent également qu’en l’an 1597 ils avaient rencontré sur les cherrieres de Long-chamois les enfants de Claude Bault, un garçon et une fille. Ils avaient tué la fille mais le garçon avait réussi à s’enfuir.

Selon leurs propres aveux, les quatre accusés avaient tous dévoré une partie des enfants mais ils n’avaient jamais touché leur côté droit. Ces meurtres furent vérifiés tant par le témoignage de leur père et de leur mère que par celui des habitants des villages de Long-chamois et Orcière qui déploraient que tous leurs enfants avaient été pris et tués par des loups tel jour à tel endroit.

Claudia Janguillaume ajouta qu’elle avait failli tuer deux autres enfants. Elle s’était dans ce but derrière un grenier de montagne, où elle était restée environ une heure, mais un chien l’avait remarquée et elle l’avait tué de dépit. Néanmoins, elle avait réussi à blesser l’un des enfants dans sa fuite.

Jeanne Perrin rapportait aussi que Clauda Gaillard s’était changé en loup et que sous cette forme elle avait assailli dans un bois de Froidecombe. Ainsi donc, c’est bien à propos que fut fait ce procès à tous ces gens, puisqu’ils s’étaient tous changé en loups.

Ils affirmaient avoir eu comme compagnons Pierre Gandillon et son fils George Gandillon que l’on avait malheureusement exécutés à la hâte. D’autant que ces deux derniers avaient également confessé qu’ils s’étaient changé en loup. Le fils n’aurait cependant jamais agressé aucun enfant de lui-même. Il en aurait agressé lorsqu’il se trouvait avec sa tante, Perrenette Gandillon et une fois, par mégarde affirmait-il, alors qu’il se trouvait en compagnie de son père.

Tous les prénommés confessèrent aussi qu’ils avaient été de nombreuses fois au Sabbat, qu’ils avaient baisé, dansé, mangé et qu’ils avaient fait de nombreux sacrifices de personnes et de bêtes.

Thiess, le chien de Dieu

En 1692, à Jurgenburg, en Livonie, Thiess témoigna sous serment que lui et les autres loups-garous étaient les chiens de Dieu. Il affirmait qu’ils étaient des guerriers qui étaient allés en enfer en découdre avec les sorcières et les démons. Leurs efforts avaient assuré que le Diable et ses sbires ne transportent pas le grain des dernières récoltes en enfer.

Thiess était ferme dans ses affirmations, il disait que les loups-garous en Allemagne et en Russie avaient également combattu les sbires du Diable dans leurs propres versions de l’enfer. Il soutenait que lorsque les loups-garous mouraient, leurs âmes étaient accueillies au ciel en remerciement pour leur service. Thiess fut finalement condamné à dix coups de fouet pour idolâtrie et croyance superstitieuse.

La lycanthropie, qui est aujourd’hui considérée comme une maladie mentale, était au cœur des systèmes de croyances du moyen âge. Le satanisme y est associé. L’individu qui était touché par cette malédiction était souvent un sorcier ayant fait un pacte avec le diable pour obtenir des pouvoirs.



Si vous aimez ce site, ajoutez-le à vos favoris et ... Partagez cet article sur vos réseaux sociaux préférés. .



Tirage gratuit des Tarots

Articles similaires

Laisser un commentaire